Un point important avant tout : la couleur d'une moisissure est un indice, pas un diagnostic. Plusieurs espèces sont noires, plusieurs sont vertes. Seule une analyse en laboratoire (culture sur milieu) peut identifier l'espèce avec certitude. Ce qui suit vous donne les caractéristiques distinctives les plus utiles pour orienter votre évaluation.
Stachybotrys chartarum — la moisissure noire toxique
C'est la seule espèce domestique dont la dangerosité dépasse le risque allergique standard. Ses mycotoxines ont des effets cytotoxiques directs, y compris chez les personnes non allergiques.
- Aspect : noire, visqueuse et gélatineuse au toucher quand humide — c'est le signe distinctif principal. Poudreuse une fois sèche. Ne pas confondre avec Cladosporium qui est noire mais toujours poudreuse.
- Substrat exclusif : matériaux cellulosiques durablement saturés d'eau — plaques de plâtre (placo), carton, bois, papier peint. On ne la trouve jamais sur du carrelage, du métal ou du verre. Sa présence implique nécessairement une humidité chronique, pas juste ponctuelle.
- Conditions : nécessite un substrat très humide pendant plusieurs semaines consécutives. Elle apparaît après des dégâts des eaux non traités, des infiltrations chroniques ou des remontées capillaires prolongées.
- À faire : port d'un masque FFP2, gants, lunettes. Confinement de la zone. Si surface > 0,5 m², intervention professionnelle recommandée. Les matériaux atteints sont à remplacer, pas à nettoyer.
Cladosporium — l'espèce la plus répandue
La plus fréquente dans les logements. Problématique avant tout pour les allergiques et asthmatiques.
- Aspect : vert olive à brun foncé, presque noir. Toujours poudreuse au toucher — c'est ce qui la distingue de Stachybotrys. Texture veloutée caractéristique.
- Substrat : très polyvalent — joints de salle de bain, textiles, cuir, papier, surfaces peintes, vitres. Elle pousse sur des matériaux moins humides que Stachybotrys et peut se développer à des températures basses (jusqu'à 0°C).
- Conditions : l'espèce la plus résistante et la plus adaptable. Elle colonise aussi bien les pièces de vie que les caves froides. Ses spores sont les allergènes fongiques les plus fréquemment retrouvés dans l'air intérieur en France.
- Traitement : vinaigre blanc pur sur les surfaces poreuses, nettoyant antifongique sur carrelage et verre. Remplacement des joints silicone noircis.
Aspergillus — le genre à surveiller chez les immunodéprimés
Aspergillus fumigatus est responsable de l'aspergillose invasive, dont la mortalité dépasse 40% même traitée. Contexte exclusif : chimiothérapie, VIH avancé, greffe d'organe, corticothérapie prolongée.
- Aspect : très variable selon l'espèce — A. niger est noire à brun foncé, A. fumigatus est vert-gris, A. flavus est jaune-vert. Texture poudreuse à cotonneuse.
- Substrat : murs humides, conduits de ventilation, matériaux de construction poreux. A. niger est fréquente dans les caves et sur les murs froids. Certaines espèces colonisent aussi les épices et les noix stockées.
- Conditions : genre très répandu, présent dans presque tous les environnements. La distinction entre les espèces n'est pas possible à l'œil nu.
- À retenir : si un occupant est immunodéprimé (traitement en cours, maladie chronique), la présence de toute moisissure visible dans le logement doit être signalée au médecin traitant.
Penicillium — le bleu-vert des matériaux humides
Connu pour la pénicilline (médicament), mais les espèces domestiques produisent aussi des mycotoxines comme l'ochratoxine A.
- Aspect : bleu-vert typique, parfois turquoise. Texture poudreuse ou farineuse, avec souvent un liseré blanc sur les bords de la colonie.
- Substrat : très diversifié — papier peint, bois humide, matériaux d'isolation, mais aussi aliments (fromages, agrumes, pains). Sa présence sur un mur indique généralement une humidité prolongée ou un matériau dégradé.
- Conditions : se développe à des températures plus basses que la plupart des autres espèces. Fréquent dans les caves, celliers et pièces peu chauffées.
Moisissures blanches — attention à la confusion
Une moisissure blanche est vivante et a une texture cotonneuse ou filamenteuse. Le salpêtre est minéral, cristallin et non biologique.
- Espèces concernées : plusieurs genres peuvent produire des colonies blanches — certaines espèces d'Aspergillus, Mucor, Rhizopus (moisissure de pain), ou des stades jeunes de colonies qui noirciront ensuite.
- Aspect : duvet blanc cotonneux ou filaments visibles à l'œil nu. Texture molle, présence d'une odeur de moisi. Le salpêtre, lui, est dur, cristallin, sans odeur.
- Substrat : bois de charpente, murs de cave humides, matières organiques en décomposition, plantes d'intérieur (substrat des pots).
- Pour distinguer de la salpêtre : humidifiez légèrement avec un coton — la moisissure se désagrège mollement, le salpêtre reste intact. La moisissure a une odeur caractéristique, pas le salpêtre.